Lettre au Président 

Guy Parmelin


Suisse, le 22 décembre 2025

Monsieur le Président de la Confédération
Monsieur Guy Parmelin
Palais fédéral
3003 Berne​


Monsieur le Président,

Permettez à un citoyen(ne) parmi neuf millions d'habitants de ce pays de vous écrire non pour réclamer davantage de droits, mais pour vous proposer mieux : un usage plus intelligent de ceux que nous avons déjà. Dans une Suisse où la démocratie directe est le fondement de notre système, nous avons laissé s'installer un paradoxe silencieux : nous votons beaucoup, nous dépensons beaucoup, mais trop souvent sur des objets dont l'échec était prévisible dès le premier jour.

Il ne s'agit pas d'affaiblir le droit d'initiative, ni de le filtrer au nom d'une technocratie éclairée. Au contraire, ce projet vise à renforcer la souveraineté populaire en lui donnant un outil de lucidité collective : un préfiltre citoyen qui permet au peuple de se dire à lui-même, en amont du cirque médiatique, quels projets méritent réellement qu'on mobilise tout le pays et des dizaines de millions de francs.

Constat

Aujourd'hui, la machine institutionnelle traite des initiatives condamnées, parfois, à 70 ou 80% de NON, au prix d'une attention publique épuisée et d'un climat politique saturé de bruit. Ce n'est pas indigne, mais ce n'est plus à la hauteur de ce que pourrait être une démocratie adulte au XXIᵉ siècle. Il est temps de passer d'une démocratie de répétition et de réflexe à une démocratie de sélection et de discernement.​

Le projet soumis implique une adaptation ciblée de notre cadre constitutionnel : il ne change pas l'âme ni l'étendue du droit d'initiative, mais en améliore le fonctionnement concret, comme on optimiserait un moteur sans toucher à l'architecture du véhicule. Il s'agit de corriger une dérive structurelle — la surabondance d'initiatives manifestement vouées à l'échec — en introduisant un mécanisme simple, lisible et fondé sur le bon sens statistique de 10 000 citoyens tirés au sort.

En tant que Président et garant de nos institutions, vous avez ici une occasion de montrer qu'en Suisse, on ne se contente pas de célébrer la démocratie directe, on ose aussi la perfectionner.

Synthèse centrale du projet

L'objectif est d'introduire un préfiltre citoyen de pertinence pour les initiatives fédérales, sans toucher ni au droit d'initiative ni à la décision populaire finale. Le but n'est pas de restreindre la démocratie directe, mais de la protéger de la saturation : concentrer le système sur les objets qui méritent réellement un débat national lourd et coûteux.​

Après la récolte des 100 000 signatures et dépôt à Berne, rien ne change : le Conseil fédéral rend son avis comme aujourd'hui. La nouveauté est la suite du parcours : en cas d'avis défavorable, l'initiative passe d'abord devant un panel représentatif de 10 000 citoyens tirés au sort, qui se prononcent en ligne par Oui / Non / Abstention sur une seule question : la viabilité perçue du texte.​

Si moins de 35% du panel jugent l'initiative viable, le processus s'arrête là ; au-delà de 35%, l'initiative poursuit sa route vers la votation populaire, exactement comme aujourd'hui. Ce préfiltre ne crée aucune norme juridique et ne remplace en rien le vote populaire : il évite simplement d'engager le pays entier dans des campagnes prévisibles pour des projets manifestement impossibles.​

Ancrage chiffré minimal

La Suisse compte un peu plus de 9 millions d'habitants, pour un corps électoral d'environ 5,6 millions de personnes. En pratique, la participation moyenne tourne autour de 2,5 millions de votants réels : c'est cette population active qui supporte aujourd'hui le poids des scrutins successifs.

Les études montrent qu'un panel de 10 000 citoyens offre une précision statistique de 99% pour estimer un résultat de vote. En ordre de grandeur, une personne du panel représente environ 250 votants réels : le panel fonctionne comme un pays en miniature incluant les naturalisés au prorata de leur présence réelle. Chaque session de votations coûte entre 26 et 50 millions de francs ; le préfiltre se positionne donc comme un outil de gestion responsable des deniers publics.

Argumentaire de confrontation

Un reproche possible serait que le préfiltre « confisque le vote du peuple » ; en réalité, le concept du vote final reste intact et le panel ne fait qu'indiquer si un texte mérite d'aller jusqu'à cette étape coûteuse. Le vrai scandale est ailleurs : plus de 90% des initiatives échouent déjà en suivant l'avis des autorités, mais seulement après avoir saturé l'espace public.

Statistiquement, 10 000 citoyens bien tirés au sort constituent un canon représentatif des régions, âges et profils socio-professionnels. Le pouvoir est donc déplacé d'un verrou implicite et partisan vers un signal explicite et citoyen, lisible et contrôlable par tous.​

Polyphonie et modèle suisse

Ce projet s'appuie sur ce que notre système a de plus précieux : la polyphonie. Là où les modèles étrangers claudiquent dans l'affrontement binaire d'un camp contre l'autre, le Conseil fédéral suisse a prouvé que l'harmonisation de voix divergentes produit des décisions plus éclairées. Le préfiltre applique cette sagesse au droit d'initiative : il transforme le duel partisan en une délibération plurielle capable de viser le réel plutôt que la victoire symbolique.​

Ce projet ne dénature pas la Constitution, il l'optimise. C'est le passage d'une démocratie de confrontation binaire à une démocratie d'intelligence collective. Ignorer un tel outil, c'est choisir sciemment de laisser le système s'épuiser sous son propre poids.

Monsieur le Président, cet instrument est l'outil indispensable à la Suisse moderne. Peut-être déjà rêvé par vos pairs. Alors que l'e-ID facilitera demain la multiplication des initiatives, ce préfiltre garantit dès aujourd'hui que la technologie serve d'abord la qualité. En prêtant au peuple la même jugeote que celle de votre collège à sept têtes, il offre tôt dans le processus la possibilité d'un aval populaire à vos refus généralisés depuis 1978.

Puisque l'étiquette partisane peut tuer déontologiquement le bon sens pur et puisque ce projet s'impose autant que le ciel est bleu et qu'un et un font deux, il ne requiert aucune paternité, ni politique, ni identitaire. Sa valeur réside dans la seule cohérence de son mécanisme, qui n'attend plus qu'à servir le bien démocratique.​



Pour l'avenir de nos institutions

                             Avec mes meilleurs vœux pour cette prometteuse année

Bien à vous



                                                                                                              Populus Helveticus